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Actions de résistance en cours et leurs effets concrets - Dominique Liot, EDF


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EDF : tempête et révolte
en Midi-Pyrénées


Dominique Liot, Robin des bois, EDF

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Télécharger cet article en version pdf : EDF, tempête et révolte.
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Juste deux mots de présentation. Je suis tout juste un assoiffé de justice comme vous tous, qui travaille dans une entreprise née publique à la Libération. EDF-GDF est issue de la nationalisation, le 8 avril 1946, des multiples entreprises électriques et gazières qui couvraient le territoire et dont bon nombre appartenaient à des collabos notoires.


Entreprises nationales :
des outils de construction, des vitrines sociales

Cette nationalisation, menée non sans réaction du camp patronal, par le ministre Marcel Paul, était inscrite dans le programme du Conseil National de la Résistance. Comme une première marche d’un escalier menant l’ensemble des salariés à un statut respectable et respecté par le camp d’en face.

Et elle avait, pour nombre de résistants et résistantes, deux buts essentiels :

D’un coté répondre aux besoins essentiels en étant un outil de la reconstruction du pays et en alimentant au moindre coût entreprises et particuliers, sans aucune notion de profit.

 

Pour ma part, cette question des besoins essentiels à satisfaire, et des moyens démocratiques pour les définir, est au cœur de la problématique écologique. Et cela concerne tous les pays, pas seulement notre pré carré de pays riches.

De l’autre être une vitrine, notamment par son statut, du modèle social à développer dans l’ensemble des entreprises. De la même manière, la création de la Sécurité Sociale n’était que les prémices d’un système gratuit de santé forcément accessible à tous et toutes, les mutuelles ne devant se charger que de la prévention.

Merci aux résistants au fascisme et à ses alliés bien de chez nous, d’avoir fait alors le plus beau des cadeaux à ma génération, celui d’ouvrir par leur courage et leur engagement, le chemin à la construction d’un monde meilleur.

Merci de nous transmettre encore aujourd’hui cette nécessaire indignation devant l’inacceptable. Non, militer n’est pas une croix à porter. C’est une dignité à entretenir. Et gagner dans les luttes quotidiennes est possible.

 

 

Alors dans la débâcle politique générale, soldée après bien d’autres défaites, par l’élection du candidat président de droite qui n’a pas pris les voix du FN pour rien et a revendiqué une gigantesque volonté de casser un à un tous les acquis de la résistance, nous sommes encore nombreux à chercher à tâtons ce chemin d’un monde meilleur. La récente bataille sur les retraites a montré que nous étions nombreux dans ce cas.

 

 

2009 : tempête et révolte

Tempête Klaus.


Au printemps 2009, un vent de révolte a soufflé sur ERDF-GRDF Midi Pyrénées, peu après la tempête Klauss qui a ravagé, notamment dans le Gers et en Haute Garonne une bonne partie du réseau et des branchements électriques. Ceux-ci avaient été laissés volontairement à l’abandon par nos directions au motif que cela revient statistiquement moins cher d’attendre que ça pète plutôt que de mettre les moyens techniques et humains nécessaires pour l’éviter.

(Petite parenthèse, suite à l’explosion gaz de Mulhouse qui a fait 17 morts le 26/12/2004, faute d’avoir remplacé les fontes grises dont chacun connaissait la dangerosité, un haut cadre de GDF s’est permis de dire que les 300 000 euros de condamnation coûtaient moins cher que ce qu’il aurait fallu dépenser pour éviter le risque d’explosion !!! Proprement scandaleux !)

A chaque tempête, nous, les monteurs qui travaillons sur le réseau, partons pour relever les fils et rétablir le jus. Et cette fois-là comme les autres, même si les conditions sont de plus en plus détestables.

Les élus et habitants ont raison de s’indigner des délais de plus en plus grands nécessaires pour ce type d'opération. Ils sont dus à la suppression des sites de proximité et des effectifs connaissant par cœur leur réseau local et transmettant leur savoir aux jeunes.


 

"Travailler autrement avec les prestataires".

Au retour de cette remise en fonction du réseau, nous avons découvert un plan « travailler autrement avec les prestataires. » Celui-ci visait à externaliser l’essentiel des activités des Monteurs : dépannage, branchements, astreinte et ce qui va avec, la quasi totalité des activités réseau.

Coté dépannage, tout était prévu : passage de 14 à zéro agents en 3 ans ! Cela, plus quelques infos venant de Perpignan où le même type de projet avait déjà suscité la grève depuis quelques temps.

Nous avons décidé une fin de journée, le 25 mars 2009 exactement, de sortir l’ensemble des véhicules lourds le lendemain à 5h du mat, sans passer par quelque syndicat que ce soit, ce qui n’est pas courant à EDF. Pour exiger le retrait de ce projet et les effectifs nécessaires à un service public digne de ce nom.

Ce mouvement, qui a été immédiatement soutenu par la CGT et la CFTC gagne peu à peu CFDT et FO et l’ensemble des services de Midi Pyrénées.

Il n'a pas perdu pour autant sa vivacité d’origine. Les AG étaient animées, et un groupe, le GICF (groupe intervention complètement fada) a dynamisé les actions et le mouvement dans son ensemble.


 

Droit à l'énergie

Outre des manifestations avec les véhicules maintenus sous notre contrôle et des coupures visant prioritairement le secteur économique, nous avons décidé de rétablir publiquement le courant à un jeune couple de RMIste. Cela illustrait notre notion de service public avec au centre le droit à l’énergie pour tous et toutes. Ce droit doit concerner aussi ceux et celles qui ne peuvent pas payer du fait de leur précarité ou de leurs bas revenus, souvent les deux à la fois, d’ailleurs.

La revendication de cette action à visage découvert m’a valu 3 semaines de mise à pied.

Mais quel bonheur de l’avoir réalisée, d’avoir partagé ce moment de bonheur avec Natacha, Sébastien et leur fille de deux ans, Manon, retrouvant l’usage de l’électricité. Quel bonheur de contribuer à ces interventions dans de nombreux squatts pour restituer ce minimum souvent refusé par EDF sur pression du propriétaire ou bailleur.

Mais Natacha et Sébastien ont été convoqués au commissariat suite à plainte d’ERDF Midi Pyrénées pour « vol » d’électricité alors que nous leur avions fourni devant les médias un document du syndicat CGT déclarant officiellement avoir remis le jus au 9 rue Icart à Toulouse.

Et comble du comble, EDF a envoyé à Natacha et Sébastien, une facture de 400 euros dont 367 euros de frais de coupure.

Quelle honte !

Quelle injure à ceux et celles qui ont payé de leur vie l’élaboration du programme du CNR et les actions nécessaires à sa mise en œuvre.

Comment accepter au XXIème siècle que les besoins essentiels en gaz, en eau, en électricité ne soient pas garantis à tous et toutes. Ici, comme sur l’ensemble de la planète où nos multinationales de l’eau - comme EDF SA et GDF Suez – lorgnent sur les profits à réaliser.

 

Le sens est plus important que le risque


Alors oui, je le redis publiquement : en tant qu’agent EDF et dans un cadre collectif, je continue et continuerai à participer et revendiquer ces remises en électricité comme tout récemment avec le Secours Catholique, Médecins du Monde, le CCPS (Comité de Coordination pour la Promotion et en Solidarité avec les Communautés en difficulté, migrants et tsiganes), le Groupe Amitié Fraternité, Psychologues du Monde et mon syndicat CGT Energie.

C’est par ce type d’actions, illégales mais oh combien légitimes –comme celles des faucheurs volontaires ou des enseignants désobéisseurs - que quelques avancées – trop maigres – ont été obtenues en matière de droit à l’énergie. (Tarif Première Nécessité)

C’est par ce type d’actions que demain, il deviendra illégal de couper des personnes en situation financière précaire, avec ou sans emploi, qui préfèrent acheter à manger à leurs enfants que payer eau, gaz ou électricité. Et que la loi intègrera une tranche sociale gratuite et un tarif progressif au delà pour lier social et économies d’énergie.

Oui le sens, quand il s’agit de valeurs humaines, est plus important que le risque.

Et oui, cela a du sens d’agir, là où on est, et sur les terrains qui nous indignent le plus.

Et cela, chacun, chacune d’entre nous, partout, peut le faire... à sa façon, de manière collective bien sûr, mais aussi de manière plus personnelle, plus autonome. Avec cette soif, aussi, de ces nécessaires solutions locales pour contrer le désordre global qui nous est imposé.


Privatisation


Il faut savoir qu’aujourd’hui, la privatisation d’EDF-GDF devenus EDF-SA et GDF Suez à 34% de capitaux publics se concrétise par une externalisation massive et par un statut, pour EDF de « fournisseur comme tant d’autres (Poweo, Direct Energie, Electrabel, GDF Suez etc, etc ».

Ces autres qui, pour certains, jettent aujourd’hui des usagers non rentables par des demandes de résiliation de contrat au distributeur que nous sommes.

 

Voilà où en est rendu ce service public privatisé, recul après recul, dont un ministre devenu aujourd’hui président affirmait en 2004 : « Jamais je ne privatiserai EDF et Gaz De France ».

 

Gagner est possible

 

Le projet d’externalisation / privatisation est parti à la poubelle. Mon service branchement a été renforcé.

129 postes ont été sauvés ou créés sur ERDF-GRDF Midi Pyrénées après plus de 7 semaines de grève, dont 66 couverts par des embauches et les sites de proximité ont été sauvés de la casse.

Les 6 votes de licenciements par la direction en CSD, les 4 licenciés par goût de revanche de nos directions, ont tous été réintégrés après 8 autres semaines de grève et bien plus pour Rodolphe. La direction a fini par être condamnée à le réintégrer dans son poste et à payer l’ensemble des salaires.

Alors oui, on peut inscrire la résistance dans la durée et gagner est possible ! Non seulement gagner mais faire vivre la solidarité, comme à Molex / Freescale…

NON, l’avenir n’est pas si bouché que ça. Les solutions locales sont multiples. Et c’est sans doute de ces batailles qu’émergera un avenir vraiment alternatif car porteur d’un autre mode de production et de consommation

OUI, l’avenir nous appartient, à nous les résistantes et résistants d’aujourd’hui… dans la foulée de nos merveilleux résistants et résistantes d’hier.


Mains et têtes disponibles.

Tant que nous serons vivants, nous résisterons et tôt ou tard, gagnerons face à tous ces décideurs qui n’ont à nous opposer que leur logique du toujours plus de fric, de compétitivité, de stress, de consommation imposée par la pub alors que l’humanité n’a besoin que d’une alimentation saine, de culture, d’éducation, de respect, de convivialité, de partage des richesses, du droit à la santé et à un logement décent avec un minimum d’énergie.

Et des emplois nécessaires à tout cela, partagés entre toutes les mains et les têtes disponibles.

Ce combat pour le droit à l’énergie et l’interdiction des coupures de personnes en situation précaire, c’est ma manière à moi – avec beaucoup d’admiration pour ce que fait à ce sujet, Danielle Mitterrand sur l’eau (40l/jour/personne) – de faire vivre ce merveilleux programme du CNR et ses valeurs humaines que certains, au plus haut niveau de l’état n’ont qu’une volonté : l’effacer des mémoires en ayant l’affront de s’en revendiquer.


Mais cela ne passera pas car vous êtes là, car nous sommes là et que dans notre merveilleuse diversité.

 

Nous sommes là, face à la collaboration de l’état avec le patronat le plus rétrograde. Nous nous battrons sur la sécu, sur cette inacceptable précarité ambiante comme sur la restauration des fondements des services publics, et cela plus encore après la défaite provisoire sur les retraites.

Le camp des résistants et résistantes saura se mobiliser et redonner le sens et les couleurs que le programme du CNR n’aurait jamais dû perdre et qui se résument si bien dans ces trois mots : "les jours heureux."


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Dominique Liot, Robin des bois, EDF,
pour le forum des résistances dans les services publics,
Paris, le 4 décembre 2010.


Date de création : 13/12/2010 @ 23:24
Dernière modification : 22/12/2010 @ 22:41
Catégorie : Actions de résistance en cours et leurs effets concrets
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