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Actions de résistance en cours et leurs effets concrets - Michel Benard, ONF


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Eaux et forêts :
produire plus, ou préserver mieux ?

Michel Benard, agent forestier, ONF

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Tout d’abord, je tiens à remercier les organisateurs de ce forum de m’avoir invité à venir témoigner devant vous du mouvement mené à l’ONF, initié par l’intersyndicale CGT-UNSA-Solidaires qui représente 70% des personnels de statut public de l’Office National des Forêts.

 

 

L’administration forestière est une de nos plus anciennes administrations française puisqu’elle remonte à l’ordonnance de Brunoy du 29 mai 1346 signée par Philippe le Bel :

« Les mestres des forez dessusdiz, selon ce qu’ils sont ordenez, enquerront et visiteront toutes les forez et bois qui y sont, et ferons les ventes, qui y sont à faire, eû regart à ce que lesdites forez se puissent perpetuellement soustenir en bon estat ».

 

L’Office National des Forêts est un EPIC (Etablissement Public à caractère Industriel et Commercial) qui a vu le jour en 1965 sur les décombres de l’Administration des Eaux et Forêts.

Suite à leur lutte, les forestiers de l’époque, ont conservé le statut de fonctionnaire. L’ONF gère les forêts publiques (forêts domaniales et forêts communales ) qui couvre 4,5 millions d’ha en métropole (le tiers de la surface boisée en France) et 6 millions d’ha dans les DOM.

 

Plan Fillon-Drège :

Depuis 1986, les effectifs ont subi une profonde saignée puisque de 8000 fonctionnaires et 7000 ouvriers forestiers, nous sommes aujourd’hui 6500 fonctionnaires et 3500 ouvriers.

Notre mouvement a débuté en septembre 2008, lorsque le gouvernement a décidé d’imposer à l’ONF un véritable plan de liquidation, plan que nous avons baptisé Fillon-Drège. (Drège étant le Directeur Général de l’ONF).

Ce plan imposait :

  • la prise en charge des pensions civiles des personnels de l’établissement à hauteur de 110 millions d'euros (le budget total avoisine les 700 millions d’euros ) ;

  • le versement d’une soulte de 50 millions d’euros pour les maisons forestières concédées à l’ONF ;

  • le non remplacement d’un départ en retraite sur deux ;

  • le transfert du siège de Paris à Compiègne en le finançant par la vente de 300 maisons forestières.

 

Afin de faire face à ces charges supplémentaires, l’ONF était mis dans l’obligation d’augmenter ses recettes et donc de mettre en vente plus de bois.

Aussitôt, une intersyndicale comprenant les 6 organisations de fonctionnaires s’est constituée pour dénoncer ce plan de restructuration. Au même moment l’INSEE, l’INRAP (Archéologie préventive), Météo-France entraient en lutte.

Cette intersyndicale allait très rapidement éclater en 2 blocs. Les désaccords portaient sur les modalités d’action à mettre en œuvre. L’intersyndicale Solidaires-CGT-UNSA préconisait des actions sur les ventes et les martelages (marquage des bois à vendre) pour impacter la situation financière de l’ONF, et laissant aux assemblées générales des personnels l’initiative de décider d’autres actions.



Blocage, perturbation de ventes de bois :

A l’initiative de Solidaires, la CGT et l’UNSA, 1500 forestiers se retrouvent à Cérilly dans l’Allier où a lieu la vente des bois prestigieux de la forêt de Tronçais, la plus belle chênaie d’Europe.

Cette forte mobilisation de forestiers venus en cars de toutes les forêts françaises va déboucher sur l’annulation de la vente.

Cela va être le début de nombreuses actions locales sur les ventes d’automne. Selon le rapport de force, soit les ventes sont annulées, soit elles sont simplement perturbées. Pour provoquer le blocage d’une vente, il faut un minimum de 100 personnes.

 

 

Grève du martelage :

Les actions se poursuivent pendant toute la saison de martelage (septembre à mai) en perturbant ces marquages :

  • soit en en marquant que les bois communaux pour ne pas gêner les communes,

  • soit en ne marquant que les bois ne présentant pas une grande valeur marchande,

  • soit en marquant les coupes mais en ne transmettant pas les fiches permettant leur mise en vente.

Chaque région adapte l’action en fonction de ses particularités.

 

 

Boycott administratif, et actions multiples.

Dans le même temps, un boycott généralisé de transmission de documents administratifs se répand dans tous les services.

Le 13 novembre, une action nationale à Paris rassemble 2500 personnels. Nous effectuons une plantation symbolique du champ de Mars avec des arbres en carton confectionnés par les manifestants.

Le 17 novembre, 150 personnels  manifestent devant les portes de la Direction Générale à Paris pendant la réunion du conseil d’administration. Un important dispositif policier en tenue de combat permet à ce conseil d'administration d'entériner le plan de restructuration.

Malgré cela, les actions se renforcent au plan local et viennent à bloquer le fonctionnement de l’établissement.

 


Une amorce de négociation vite enterrée.

Devant cette situation, la Direction Générale propose fin décembre l’ouverture de négociation.

Un protocole d’accord sur les points à aborder dans les négociations est signé par toutes les parties le 8 janvier sans que nous suspendions les actions en cours.


Chantage à la révocation.

Ce processus va échouer et se transformer en marchandage quand la direction porte plainte contre une trentaine de collègues ayant participé aux actions sur les ventes (le risque encouru en cas de condamnation étant la révocation). La Direction acceptant de retirer les plaintes à condition que les organisations syndicales s’engagent à ne plus faire d’actions préjudiciables au bon fonctionnement de l’établissement durant 5 ans et à dénoncer tout personnel se livrant à de tels actions.

 

Ce chantage qui rappelle les méthodes de Vichy se concrétisera le 6 février, par un accord entre la direction et les organisations minoritaires. Les plaintes sont levées et les négociations sont stoppées sans que les points soulevés par l’intersyndicale n’aient été abordés.


Formes d'action différentes :

Les actions vont donc se poursuivre sous des formes différentes : boycott des instances, refus de transmettre certains documents administratifs, occupation de locaux, emballage de la direction de Bourgogne avec du plastique noir portant la mention « Quelle Forêt pour nos enfants ? », distribution de tracts, rencontre avec les usagers, perturbation de réunion des directeurs, blocage d’une chasse du directeur et du ministre de l’agriculture à Fontainebleau, etc…

Le 7 décembre 2009, une tentative d’occupation de la Direction générale échoue devant la présence des forces de l’ordre. Près de 200 manifestants présents dès l’aube à Paris se répandent à plusieurs endroits dans Paris. Une partie est arrêtée par la police devant l'Assemblée Nationale, une autre partie se retrouve à Beaubourg avec les personnels des musées en grève et se fait intercepter par les forces de l’ordre rue de Rivoli.

Le même jour s’ouvrait la conférence sur le climat de Copenhague et nous apprenions le suicide sur son lieu de travail d’un de nos collègues. 

Certes, la mobilisation est depuis retombée, mais le mouvement se poursuit sous des formes moins spectaculaires, poursuite du refus de transmettre certains documents, boycott des instances, contacts avec les associations et les usagers.

 

 

Mal-être :

Et puis il y a le problème du mal-être au travail qui génère dépression et suicides.

Terrain sur lequel nous nous battons dans les Comités Hygiène et Sécurité pour faire reconnaître l’incidence des conditions de travail et pour dénoncer les méthodes de management basées sur les objectifs à atteindre et l’individualisation. Nous avons connu des suicides de collègues qui ne se retrouvaient plus dans leur travail.

La perte de sens conduit à la perte d’espérance.

Dernièrement la commission de réforme du Jura a statué sur l’imputabilité au service de notre collègue décédé en décembre 2009. Dans un autre cas plus ancien, le tribunal administratif a cassé la décision de non imputabilité au service.

 

 

Convergence :


Il nous faut donc continuer à lutter et trouver les moyens de relancer les actions. C’est par la convergence des secteurs en luttes que nous pouvons y parvenir. Etre plus proches, plus solidaires pour être plus forts et plus efficaces.

 

A ce propos, l’intersyndicale de l’ONF a décidé d’appeler à une Assemblée Générale Nationale le 9 décembre, en plein cœur de la forêt d’Arc en Barrois à proximité de Chaumont.

 

C'est une échéance importante pour nous, car nous sommes confrontés, une fois de plus à une menace qui nous rapproche de la privatisation.

Hervé Gaymard, président du conseil d’administration de l’ONF vient de rendre un rapport qui s’inscrit dans la droite ligne de la politique gouvernementale et du discours prononcé à Urmatt le 19 mai 2009 par Nicolas Sarkozy. Dans ce discours, le président de la République exigeait que la forêt Française produise 21 millions de m3 de bois supplémentaires (soit une augmentation de 50 %).

N’oublions pas non plus que le Grenelle de l’environnement a conclu qu’en matière forestière, l’objectif était de produire plus et de préserver mieux, oxymore qui fleure bon l’éco-tartufferie.

Le rapport Gaymard préconise la mise en place d’un PDG à la tête d’un conseil d’administration restreint à 12 membres et la capitalisation de l’établissement à hauteur de 300 millions d’euros.

A ce propos, l’intersyndicale de l’ONF a décidé d’appeler à une Assemblée Générale Nationale le 9 décembre, en plein cœur de la forêt d’Arc en Barrois à proximité de Chaumont.

Dans la perspective de cette assemblée générale et pour s’inscrire dans cette convergence qui nous semble nécessaire, je vous invite donc à venir témoigner devant les forestiers des combats que vous menez dans vos services pour défendre les valeurs du service public.

Merci de votre attention.


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Michel BENARD représentant des forestiers en résistance.
Intervention au forum des résistances dans les services publics,
Paris, le 5 décembre 2010
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Date de création : 13/12/2010 @ 23:24
Dernière modification : 22/12/2010 @ 17:29
Catégorie : Actions de résistance en cours et leurs effets concrets
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