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Des collectifs transversaux en résistance - Marie-Cécile Plà, RESF, RASED



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REENCHANTER LE MONDE...


Marie Cécile Plà, rééducatrice RASED, militante RESF.

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Je suis ici avec vous à deux titres : le RESF et les RASED


 

RESF :
le Réseau éducation sans frontières.


Le réseau éducation sans frontières a été fondé, il y a maintenant six ans, (juin 2004) par des enseignants, syndicalistes ou non, des associatifs et des personnes immigrées. C'est une initiative très clairement enchâssée dans le mouvement de la lutte des sans papiers.


A ce titre, nous nous comptons parmi les premiers désobéisseurs. Les premières déclarations du réseau nous ont tout de suite positionnés dans ce cadre de désobéissance civile sur l'air de :

  • Nous ne ferons pas ...
  • Nous ne laisserons pas faire.
  • Nous n’appliquerons pas des lois iniques.
  • Nous cacherons des familles, des enfants si nécessaire et nous l’avons fait.


Organisés en structures de réseau, dans l'horizontalité, donc, avec des gens de toutes sortes, d’opinions politiques, philosophiques diverses, réunis sur la base du respect des droits fondamentaux : droit à l’éducation, droit de vivre en famille…

De manière transversale plutôt qu’hostile aux 222 organisations qui soutiennent le réseau, des gens qui se mobilisent non pas dans une nouvelle organisation mais dans un réseau, informel, sans appareil, sans hiérarchie, sans porte-parole, où chacun fait selon ses moyens, ses compétences, ses disponibilités.

D’où probablement l’authenticité et la souplesse des engagements. Mais en réseau, à l'opposé du «  collectif ». Chacun est comptable de ce qu'il fait, pas de ce qu'il représente.


La vie du réseau est basée sur le principe de la visibilité maximale, du coup de projecteur, afin de mettre en lumière partout, du côté des pouvoirs comme de l’opinion publique, le scandale de ce qui se passe. Afin de faire savoir le plus largement possible qui nous sommes et pourquoi nous agissons.

Parce qu’il ne s’agit pas seulement dire contre et de protester mais de faire de l’action directe : occupation de l’espace public, présence dans les médias, la rue…D'organiser le cas par cas pour tous.


Concrètement l'action de ceux du RESF c'est :

  • tenir des permanences d’accueil ;
  • constituer des comités de soutien autour de chaque enfant ou jeune majeur, de chaque famille en danger ;
  • constituer des dossiers administratifs pour obtenir des régularisations
  • accompagner les jeunes et leurs familles dans les préfectures ;
  • témoigner de notre solidarité par notre présence dans les tribunaux ;
  • se rassembler en urgence devant les commissariats en cas d’arrestation ;
  • intervenir dans les aéroports en cas d’expulsion pour s’y opposer : alerter /sensibiliser les passagers en allant les voir un par un à l'embarquement ;
  • organiser et faire connaître les protestations du milieu scolaire : rassembler les parents devant les écoles, soulever les écoles par la grève des enseignants si nécessaire ;
  • organiser des manifestations, locales, régionales, nationales, des goûters, des chorales des festivités etc..


 

RASED :

Réseau d'aides spécialisées aux enfants en difficultés.


En ce qui concerne les RASED, réseau d'aides spécialisées aux enfants en difficultés, que nos ministres s'acharnent à appeler réseaux de soutien, sauf qu'entre « spécialisé » et « soutien » il y a plus qu'une nuance.

Cette aide spécialisée fonctionne en réseau et c’est bien cet aspect-là qui déplaît souverainement à nos gouvernants. En réseau, en synergie, en lien. Là aussi, on construit des ponts, on fait lien entre la famille et l’école entre les différents intervenants, la famille et l’institution ; on humanise le système.


Alors dans la grande lessive organisée, la grande entreprise de destruction de tout ce qui fait sens, de ce qui fait lien dans cette société, on a réussi à sauver quelques petites choses.

On a gagné dans le sens où personne ne soupçonnait notre existence, et qu’on a réussi à se positionner au-devant de la scène. Tout le monde a maintenant entendu parler des RASED

Mais on a aussi perdu, parce qu'on n’a pas seulement été attaqués frontalement par les seules suppressions de postes et de sacrées suppressions, mais aussi par des mesures très variées, et très nombreuses.


En fait, qu’on soit enseignant, postier ou cheminot, c’est pas la charge frontale la plus vicieuse. Elle existe bien sûr, mais elle est accompagnée de milliers de flèches qui jaillissent de partout.


 

Des mots qui décervellent.


Il y a d'abord le problème du langage. Deux ou trois exemples :

  • Salaire ou pouvoir d’achat ?
  • Droit de réserve ? Ça n’a jamais existé pour nous, enseignants.
  • Liberté pédagogique ?
    Bien encadrée la liberté ! on n'a jamais autant entendu parler de la liberté pédagogique pour toujours l'accompagner du devoir d'obéissance du fonctionnaire. En fait, on nous dit que la liberté c'est l'obéissance ; Orwel ne disait pas autre chose « la liberté c'est l'esclavage.»
  • Compétences, livret de compétences, évaluation, objectifs chiffrés ?
    Tous ces mots-là décervellent et transforment notre travail en autre chose. Il ne s'agit plus de bien faire son boulot, mais de réussir les évaluations, de remplir les petites cases de l'administration, de donner, pardon « faire remonter »  (on ne donne plus rien dans la nouvelle administration, on « fait remonter en passant par la voie hiérarchique ») des chiffres qui ne serviront de toutes les façons qu'à justifier de notre inutilité.



Pression sur les esprits


Solidaire...
Pendant la grève sur les retraites, je me suis un peu empaillée avec une instit gentille, mais qui s’offusquait que je puisse revendiquer le paiement de mes jours de grève et me demandait de me montrer solidaire de mes collègues non-grévistes. Je me suis retenue de lui dire que pour moi, les non-grévistes relevaient plus du goudron et des plumes que de la solidarité et l'ai engagée à verser à la caisse de solidarité de grévistes. Je n'aurais jamais pensé entendre ça dans une salle des maîtres.

 

Intention de grève :
 Avec la déclaration d’intention de grève des enseignants du primaire et le D2I des cheminots,
on n’est plus dans le collectif on est plus dans le "nous". On est dans le "moi, je" : moi, Marie Dupont, je dis que je veux faire grève tel jour. Je signe et je porte ma feuille chez l’inspecteur avant 16h délai de rigueur.
Avec ce type d’obligation, plus question de faire débrayer une école si un papa sans papier se fait arrêter. Le D2I des cheminots est encore plus pernicieux parce qu’il empêche même la grève reconductible. 

Les grévistes deviennent des individus….
D’isolé à marginal, de marginal à délinquant, de délinquant à terroriste...
Et on voit des arrestations qui ne se multiplient pas encore mais on sent bien que ça pourrait venir... Comme celle d’Hélène du RESF paris nord-ouest ou les quatre de Tours.



Alors bien sûr, on doit organiser des ripostes mais en ayant en tête que tout est lié.

Les désobéisseurs, nos gouvernants s’en ficheraient bien, s’ils désobéissaient en silence (et ils sont nombreux à désobéir sans le dire).
Mais ce pouvoir veut des boucs émissaires parce qu’il s’agit de foutre la trouille aux autres.

Il s’agit d’araser tout ce qui dans cette société fait sens et fait lien. 
Afin de pouvoir poursuivre tranquillement les attaques tous azimuts sur la santé, les services, la sécurité sociale, l’école, les droit démocratiques… Si comme on le dit dans les tontons flingueurs « on reconnaît les cons à ce qu’ils osent tout, » on doit avouer qu'on est vraiment bien gouvernés.



Procédures et destruction de l'intérieur.


Un mot sur l’école maternelle :

On avait la plus belle maternelle du monde on n’a plus qu’un système de tri social …
Comment en est–on arrivé là ?

Suppression des IEN maternelles puis des IEN spécialisés il n’y a plus personne de compétent pour défendre les spécificités du métier.
Anecdote vécue : une instit qui avait pourtant très gentiment intégré un enfant autiste et s’en occupait avec beaucoup de compétence en était venue à le vivre comme un échec. Elle s’était écriée en réunion « Mais il ne rentre pas dans la phonologie ! » Il était en effet inévaluable en fonction des critères officiels d’évaluation.


On retrouve les m
êmes procédés partout. En ce qui concerne l’enseignement spécialisé,on supprime les services au ministère puis on supprime les inspections départementales etc..

On fait la même chose à la ville de Paris avec les corps de métiers : suppression de la direction des parcs et jardins, puis dissolution du corps des jardiniers et remise à disposition des mairies d'arrondissement. Résultat : les jardiniers font n'importe quoi etc..


 

Un mot aussi sur Vichy.

Pour moi, ce qu'on vit actuellement, ce n'est pas Vichy, c'est plutôt Weimar.

Lisez Hans Fallada :
« Quoi de neuf, petit homme ? » l'isolement du travailleur, sa mise en concurrence avec les autres, les objectifs chiffrés impossibles à atteindre, la brutalité montante des rapports, de hiérarchie : tout est déjà là. Je ne fais pas là de parallèle politique. Je parle juste de ressenti.

 

Se sentir vivant


Résister ce n’est pas tenir les murs.

On en peut pas se contenter d’appliquer le proverbe zoulou : « si tu avances tu meurs si tu recules tu meurs alors pourquoi reculer ? »
Résister c’est inventer et réinventer. Et il faudra bien trouver de nouvelles façons de discuter, d'échanger, de progresser, de construire et de lutter. RESF a été et est encore un laboratoire d'idées…

Mais que nous réussissions ou que nous échouions et ce dernier mot pèse de tout son poids, nous nous devons et nous devons à ceux qui nous suivent de laisser des traces, des pistes pour ne pas, comme le déplorait Mumia Abu Jamal, que chaque génération soit obligée de repartir de rien. Même si, inventaire fait, ils décident de faire tout autrement .

Les temps sont difficiles et la situation peut paraître épouvantable, effrayante et voire démobilisatrice c'est vrai.

Mais si Eric Maria Rilke disait que « tous les dragons de nos vies ne sont là que pour nous obliger à nous conduire en prince, » alors oui, créons et recréons parce que c'est la seule façon de se sentir vivant et parce que nous nous devons en le réinventant à chaque instant, de réenchanter le monde.


 

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Marie-Cécile Plà,
rééducatrice RASED, militante RESF.

Intervention au forum des résistances dans les services publics,
Paris, le 4 décembre 2010



Date de création : 13/12/2010 @ 23:30
Dernière modification : 22/12/2010 @ 22:45
Catégorie : Des collectifs transversaux en résistance
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