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Presse écrite - L'Humanité, désobéissance, 05/12/2010.


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« Bien exercer son metier,
c'est déjà désobéir...»

Article de Pierre Duquesne,
L'Humanité, le 5/12/2010.

 

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La désobéissance éthique est un mode d’action utilisé par de plus en plus de fonctionnaires face à la casse des services publics. Samedi, ces résistants d’un nouveau type se sont réunis pour la première fois pour structurer leur mouvement.


«Je ne veux pas être schizophrène. »


Dédé ne dit pas cela parce qu’il travaille depuis plus de vingt ans au sein d’un hôpital psychiatrique. Cet agent de l’établissement de Charleville-Mézières (Ardennes) refuse d’être comme son supérieur hiérarchique qui, dans un rappel à l’ordre, demande de suivre des consignes « insatisfaisantes pour le patient et pour les soignants » mais qu’il a « la responsabilité de faire appliquer ».

Le sang d’André Latour, homme doté de mains de bûcheron et d’une forte gouaille, n’a fait qu’un tour face à l’un de ses patients en salle d’isolement.

« Il était entravé 24 heures sur 24, depuis trois mois », souligne Bernard Dhaussy, collègue de Dédé qui se dit lui aussi un peu Don Quichotte. Pour lui donner à manger, les deux hommes détachent le malade et ouvrent le cabanon pour qu’il puisse fumer sa cigarette. « Être placé en salle d’isolement n’est prévu que momentanément pour les patients impossibles à prendre en charge. Pour lui, c’était une punition. On le traitait non plus comme un malade, comme notre égal, mais comme un délinquant. Or, nous, nous sommes là pour humaniser la vie des patients en rupture avec notre monde, et non l’inverse. »

Et les confrères de s’en prendre à la révision générale des politiques publiques qui laisse, dans cet hôpital, trois personnes s’occuper de 60 patients.


Comme eux, des dizaines de désobéisseurs ont participé au forum des résistances dans les services publics, qui s’est tenu samedi à Paris.



Chasse aux sorcières
.

Nul besoin d’avoir le gène de ceux qui parlent fort pour désobéir. Discret, Mickaël Périnet y a participé, bien obligé de résister pour faire correctement son métier.
 
Pour Mickaël, les postiers n’ont pas le choix.

Obéir à La Poste est impossible depuis la privatisation et l’instauration des Facteurs d’avenir. « J’aurais préféré qu’il y ait un plan social », confie celui qui est pourtant syndiqué à SUD PTT. « Pour ne pas licencier, la chasse aux sorcières a été ouverte : un facteur a 6 h 50 pour servir 3 000 adresses, 60 entrées de bâtiments, 2 minutes 30 pour livrer un colis, qu’il y ait un ou dix étages, 14 secondes pour traiter les réceptions… Impossible sans faire des heures supplémentaires, que La Poste ne veut pas payer. »

Contre ce phénomène, son syndicat a appelé les postiers à arrêter d’en faire, quitte à ne pas tout distribuer.


Déqualification.

Le syndicat de Coralie, la CGT, n’appelle pas à ce genre d’action, persuadé, comme elle, que « ce n’est que dans l’organisation collective et le syndicat que l’on défend ses droits. » Mais dans la pratique de son métier, elle aussi est une insoumise du quotidien. Avant, elle était conseillère d’insertion à l’ANPE. « Aujourd’hui, à Pôle emploi, je fais tout et n’importe quoi, standardiste téléphonique, de la saisie d’offres… mais conseillère, je ne le suis plus. »

Cette déqualification, elle l’a ressentie depuis les années 1980. Mais ça s’est aggravé avec la fusion. Parce qu’elle n’est pas policière, elle « refuse d’utiliser la lampe à UV pour repérer les faux papiers.»

Quant à la plate-forme téléphonique du 39 49, qui prive les conseillers d’une ligne directe, Coralie assure « des permanences grand luxe, en prenant son temps pour conseiller au mieux les usagers. » Quitte à plomber la statistique de décrochages de téléphone (80%), dont se vante le directeur de Pôle emploi.


Démocratie et légitimité

Combien sont-ils à désobéir en secret ?

Impossible à dire mais « la nouveauté, explique Natalie Charpentier, c’est que les désobéisseurs le disent haut et fort ». Professeur des écoles syndiquée à SUD, elle appartient au réseau pédagogique qui a diffusé la lettre d’André Refalo (voir encadré).

Une initiative rapidement suivie par Dominique Véronique Decker, directrice d’une école dans une cité de Bobigny.

Elle n’a jamais accepté la suppression du samedi matin, privant ses élèves 2h30 de cours. « Je fais donc cours une demi-heure de plus chaque jour. » Pour cette pratique légitime mais illégale, Véronique n’a jamais été sanctionnée, profitant de la bienveillance de son inspecteur d’académie. Mais beaucoup n’ont pas eu cette chance.


S'indigner.

« Nous devons être respectueux de la démocratie, mais quand quelque chose nous apparaît non légitime, même si c’est légal, il nous appartient de protester, de nous indigner et de désobéir »
, a récemment déclaré Stéphane Hessel. Cet homme de quatre-vingt-treize ans, venu conclure cette journée, les a rassurés. « Il n’y a pas de résistant avec un grand “R”, a déclaré, debout, ce résistant majuscule. Ces résistants ont de quoi être scandalisés et de quoi s’indigner. »

Pierre Duquesne

Date de création : 20/12/2010 @ 13:40
Dernière modification : 20/12/2010 @ 22:04
Catégorie : Presse écrite
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