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Solidarité financière

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            Je ne connais pas Erwan Redon, je ne l'ai jamais rencontré, je ne lui ai jamais parlé. Et pourtant en ce jour, je prends le temps d'écrire, pour lui. Non, il ne croupit pas dans les geôles d'une quelconque dictature, à des milliers de kilomètres de mon clavier. Il habite Marseille. Je n'y suis jamais allé. Une ville de caractère à ce qu'on dit. Erwan en a lui aussi, pour défendre ses convictions comme il le fait, pour aller jusqu'à un affrontement duquel il ne peut sortir que perdant. Encore que. Il doit quitter son école, laisser ses élèves, chambouler la vie de sa famille. Pourquoi ? Quels actes honteux ont pu valoir à ce professeur des écoles une mutation d'office, quelle infâmie a-t-il commise pour devenir, aux yeux de sa hiérarchie, indésirable et nuisible ici alors même qu'il redevient présentable là ? Oui, car Erwan Redon n'est pas mis à la porte de l'Education nationale, ou plutôt de ce qu'il en reste, il n'est que retiré de son école pour être placé dans une autre, tel un vulgaire pion d'échec. Echec d'une administration qui n'a d'autres vues, bien trop courtes, que de mettre l'école au régime. Les hauts fonctionnaires qui emplissent les cabinets souffrent d'une indigestion d'enseignants. L'Education nationale coûte cher et ne rapporte rien, du moins dans l'esprit de ceux qui ne pensent que par l'argent.

 

            Je ne sais pas comment Erwan Redon enseigne, je ne connais pas ses méthodes, et quand bien même je les connaîtrais je me garderais de les juger, sachant combien l'acte d'enseigner, tout comme l'acte d'apprendre, ne peut être réduit à un modèle étriqué, scientifiquement quantifiable. Evaluer, ranger, mettre en case et en croix, panoplie monstrueuse de toutes les bureaucraties d'hier et de demain qui grangrène l'école... Le cœur du métier d'Erwan Redon c'est la liberté, cette liberté pédagogique reconnue dans les textes, mais bafouée dans les faits, liberté qui repose sur la conscience professionnelle et le sens des responsabilités. Erwan Redon n'est pas un mouton, c'est un enseignant. Les moutons obéissent, les enseignants réfléchissent. Certains le font tout haut, et c'est là le second crime d'Erwan Redon. Non content d'exercer sa liberté, il la revendique, refusant d'appliquer le dispositif de l'aide personnalisée qu'il juge inutile et dangereux, s'inscrivant dans le mouvement de désobéissance civile initié dans les rangs des enseignants du primaire par Alain Refalo, un autre homme de conviction, qui paie lui aussi un lourd tribut pour avoir osé dire bien fort ce qu'une majorité d'enseignants n'ose même pas murmurer, se cachant derrière un devoir de réserve fantasmé. Est-ce une tare, dans un pays démocratique, d'être honnête et libre ? Assurément non. Mais cela en est une dans la France d'aujourd'hui.

 

            Erwan Redon aurait-il dû se taire et faire semblant comme beaucoup de ses collègues ? Aurait-il dû acquiescer pour s'accommoder des petits arrangements si courants dans sa profession ? Depuis de trop longues années, au contact rugueux des réformes de tous poils, les enseignants du primaire comme du secondaire sont devenus des spécialistes du dos rond, de l'évitement, de l'hypocrisie. Le mot n'est pas trop dur, il décrit une évidence renversante. Ceux qui demandent aux élèves de s'exprimer avec sincérité, d'être droits et responsables, ont des airs d'imposture !

 

            Erwan Redon est victime de sa franchise. Erwan Redon dérange tous les fossoyeurs de l'école, ceux qui contraints par les chaînes de la servitude volontaire tiennent la pelle pour creuser le trou, comme ceux qui donnent l'ordre de creuser.

             

            Les syndicats d'enseignants, toujours prompts à négocier, combattre, défiler dans la rue pour obtenir des moyens supplémentaires, des augmentations de salaire ou une réduction du temps de travail, vont-ils rester sans réaction face aux sanctions injustes qui frappent un maître courageux ?         

 

            Les enseignants eux-mêmes, peu avares d'ordinaire, entre les quatre murs protecteurs de leur classe, de laïus édifiants sur la liberté, les droits de l'homme, la solidarité, vont-ils abandonner lâchement un collègue condamné pour l'affichage et la défense de ses convictions ?

 

            Les parents enfin, bien conscients que l'école ne tourne plus très rond, sans savoir pourquoi, vont-ils regarder partir un homme cassé pour avoir osé défendre leurs enfants ?

 

Gilles Lehmann, professeur des écoles

 


Date de création : 11/10/2009 @ 11:57
Dernière modification : 25/02/2013 @ 13:25
Catégorie : - Témoignages de soutien
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