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APPRECIATION DE LA SANCTION DEMANDEE PAR L'ADMINISTRATION DE L'EDUCATION NATIONALE POUR PUNIR Monsieur Erwan REDON,
professeur des écoles “désobéisseur” et pédagogue proche des pédagogies actives (Freinet, Montessori, Gfen, icem, occe, etc.)

Par Hubert MONTAGNER, docteur ès-Sciences, psychophysiologiste dans le domaine du développement de l'enfant, Professeur des Universités en retraite, ancien Directeur de recherche à l'INSERM, ancien Directeur de l'Unité de Recherche « Enfance Inadaptée » de l'INSERM
Monsieur Erwan REDON est convoqué le 7 juillet 2009 à MARSEILLE devant un conseil de discipline qui pourrait décider de le licencier. La raison invoquée par Madame Catherine PONSIN-COSTA, l'Inspectrice de la circonscription de Marseille 3, est qu'il n'a pas assuré pendant “le temps de midi” l'aide individualisée aux enfants en difficulté scolaire
“dans les conditions prévues par les textes et le projet de circonscription”. Elle précise que “la mise en place de l'aide personnalisée” s'appuie sur “une méthodologie claire qui part de
l'identification des besoins des élèves” qu'elle qualifie de “diagnostic”. En conséquence, ”Il
n'y a pas lieu de substituer à cette démarche une quelconque animation, qui ne correspondrait pas aux attentes institutionnelles”. Elle annonce donc à Erwan REDON qu'elle “ne valide pas du tout” son projet “d'Ateliers éducatifs du midi”, et lui demande de ne pas faillir à ses obligations de “répondre aux instructions officielles” tout en lui rappelant “l'attachement au service public d'éducation” qu'il a affirmé dans son précédent courrier (1).

Ayant eu le privilège d'effectuer le premier temps de ma scolarité dans une école publique à deux classes dans un village du Finistère, je suis moi-même très attaché au service public d'éducation. Cependant, après plus de trente ans de recherches sur le développement et les
équilibres biologiques et psychologiques de l'enfant dans ses différents lieux de vie, je suis également très attaché à la protection, la défense, le bien-être, la « bien traitance » et la réussite des enfants-élèves, quels que soient leurs particularités, leur(s) milieu(x) familial (aux) et social(aux), quelles que soient leurs origines ethniques. Contrairement à ce que Madame l'inspectrice PONSIN-COSTA affirme quand elle enjoint à Erwan REDON “de travailler selon une méthodologie claire qui part de l'identification des besoins des enfants”, l'aide personnalisée que le ministère de l'Education Nationale a imposée aux professeurs des écoles ne part pas de l'identification des besoins des enfants. Elle relève du tour de passe-passe ou du bricolage. En effet, en instituant sans concertation une semaine scolaire de quatre jours pour les enfants, et en obligeant ainsi les enseignants à faire en quatre jours ce
qu'ils faisaient en quatre jours et demi, le Ministre de l'Education Nationale a “institué” une contradiction formelle entre la durée du temps que les élèves doivent obligatoirement passer en classe (vingt-quatre heures par semaine sur quatre jours) et la durée du service obligatoire d'enseignement pour les Professeurs des écoles (vingt-six heures par semaine. Où est passée la vingt-septième heure lorsque le samedi matin était un temps scolarisé ?). Je ne crois pas que ce “décalage” aurait entraîné l'adhésion raisonnée de René DESCARTES auquel Madame l'inspectrice PONSIN-COSTA se réfère dans sa lettre à Erwan REDON (voir
plus loin). En conséquence de la nouvelle mesure, les idéologues irresponsables du Ministère de l'Education Nationale ont décrété que, en plus de leurs vingt-quatre heures hebdomadaires “devant les élèves”, les maîtres devaient consacrer trente minutes par jour hors temps scolaire aux enfants en difficulté dans les apprentissages des “fondamentaux”, c'est-à-dire du français, du calcul et des mathématiques (deux heures par semaine). De toute évidence, ils ne savent pas ou ne veulent pas savoir que les plus fragiles, vulnérables, démunis, anxieux, angoissés,
ayant des “troubles du comportement”, en souffrance à l'école et dans un milieu familial lui-même en souffrance ... sont intellectuellement saturés et insuffisamment vigilants, attentifs, réceptifs et disponibles dans les trois créneaux parmi lesquels l'aide personnalisée doit être
organisée, en particulier au cours de la “pause méridienne” (voir plus loin pour les autres moments). Les idéologues “technocrates” du Ministère de l'Education Nationale justifient leur décision d'exiger des enseignants qu'ils consacrent les deux heures “flottantes” de la semaine à l'apprentissage des “fondamentaux”, en s'abritant derrière les évaluations (très discutables : voir la lettre jointe qui a été adressée à l'Inspecteur d'académie de la Vendée) qui ont été réalisées au plan national ou au plan international sur les écoliers français à la sortie de l'école élémentaire et/ou à l'entrée au collège. Leur niveau scolaire est en effet jugé moyen ou médiocre, et le pourcentage des enfants dits en échec scolaire serait élevé.

En exigeant qu'une demi-heure par jour soit obligatoirement consacrée à l'apprentissage des fondamentaux soit avant la classe, soit pendant la “pause méridienne” (c'est le cas de Erwan REDON), soit après la classe, les idéologues “technocrates” ont aggravé la pression intellectuelle et relationnelle générée par la “nécessité” de faire en quatre jours ce qui était fait en quatre jours et demi et par des “nouveaux programmes” délirants, impossibles à réaliser. C'est particulièrement évident pour les enfants qui ont des difficultés à comprendre et apprendre. C'est aveuglant pour ceux que l'on dit en échec scolaire et qui cumulent les difficultés personnelles, familiales et sociales. Prenons un exemple. Au cours préparatoire (la plupart des enfants sont alors âgés de six à sept ans), les professeurs des écoles sont dans l'obligation de consacrer tous les jours deux heures trente à l'apprentissage formel et explicite du français (vocabulaire, grammaire, syntaxe) et une heure quinze minutes à l'apprentissage formel et explicite du calcul et des mathématiques. C'est irréalisable. En outre, il faut donc ajouter trente minutes d'aide personnalisée à des moments où les enfants en difficulté ne peuvent pas se réaliser comme élèves, même s'ils font preuve de la meilleure volonté du monde et même si leurs maîtres sont les meilleurs pédagogues du monde. Il faut également ajouter la durée des devoirs à la maison et les autres contraintes temporelles pendant les temps scolaires, familiaux et sociaux. Je mets au défi le Ministre de l'Education Nationale (et le Président de la République) de démontrer qu'une telle organisation du temps journalier et une telle pression intellectuelle et relationnelle, stressante, anxiogène et angoissante, se traduisent par une amélioration des performances des enfants dans l'apprentissage des “fondamentaux”. Et, ce qui est plus grave, dans l'acquisition et la maîtrise du sens et de la signification de ce qui est apparemment appris, y compris chez les bons élèves. Une telle pression intellectuelle et relationnelle a la plus forte probabilité de générer ou renforcer l'insécurité
affective, les peurs, blocages et/ou inhibitions, le désintérêt, la démotivation ou le “désamour” de l'école, et encore la perte de confiance en soi et dans autrui, la quasi-impossibilité de nourrir l'estime de soi. Le Ministre et la hiérarchie de l'Education Nationale ont institué un
système qui s'apparente à une forme inédite de maltraitance.

Il est étonnant que, dans la lettre du 8 février 2009 qu'elle a adressée à Erwan REDON, Madame l'inspectrice Catherine PONSIN-COSTA lui conseille de lire “Le discours de la méthode de DESCARTES” et “Le contrat social de ROUSSEAU”. Faut-il conseiller à Madame l'inspectrice la lecture de l'excellent ouvrage du neurobiologiste américain DAMIASO “L'erreur de DESCARTES” dans lequel ce spécialiste mondialement reconnu relativise les processus cognitifs et explique pourquoi la rationalité affichée du cartésianisme ne peut pas rendre compte à lui seul, ou pas du tout, du fonctionnement du cerveau et des conduites humaines. Eh oui, les émotions, l'univers émotionnel et l'affectivité des personnes jouent évidemment et également un rôle dans la construction et la fonctionnalité des processus cognitifs, des apprentissages et des constructions intellectuelles. Par ailleurs, faut-il lui rappeler ou apprendre que Jean-Jacques ROUSSEAU avait abandonné ou laissé abandonner ses enfants aux Enfants-Trouvés ? Autrement dit, est-ce que Jean-Jacques ROUSSEAU est réellement la meilleure référence morale et philosophique pour un professeur des écoles, en l'occurrence Erwan REDON, dont la pédagogie est essentiellement fondée sur l'écoute, le dialogue, le respect des choix et de la parole de l'enfant, la liberté d'expression et l'humanisme, quelle que soit l'excellence de l'oeuvre de “l'écrivain-philosophe- théoricien” ?

Le Ministre et la hiérarchie de l'Education Nationale ont commis une faute humaine et professionnelle en sanctionnant les Professeurs des écoles qui n'ont pas voulu se rendre complices de la nouvelle forme de maltraitance des enfants-élèves que constitue l'ensemble des mesures qu'ils ont imposées, et en particulier en punissant Erwan REDON lourdement et de façon disproportionnée. En effet, dans un projet intitulé “ateliers éducatifs du midi (14 mars 2009) tout à fait rationnel (merci René DESCARTES) et bien argumenté, il a demandé, dans le cadre de l'aide personnalisée, à organiser pendant “la pause méridienne” des situations qui permettent aux enfants accueillis à la cantine (et aux autres) de vivre un temps personnalisé qui les prépare à mieux se réaliser comme élèves au cours de l'après-midi. Il écrit en effet que “la philosophie de ce temps, est de permettre aux enfants les activités de détente, de repos, de calme, éducatives, artistiques, créatives…par un aménagement structurel le permettant.»(1). Erwan REDON a parfaitement raison. En effet, il apparaît ainsi soucieux de gommer les conséquences négatives d'un temps méridien qui se caractérise tous les jours, et de façon universelle, par une dépression de la vigilance corticale (globalement la vigilance du cerveau) ... et, à la cantine, par une ambiance bruyante, des impossibilités de communiquer et de dialoguer, des bousculade, des conflits stressants, des frustrations ... et donc forcément par une fatigabilité augmentée, par des déficits dans la réceptivité, la disponibilité et l'attention sélective. Par sa décision intelligente et responsable, Erwan REDON n'a pas voulu être complice de la nouvelle forme de maltraitance constituée par la mise en oeuvre de situations d'apprentissage personnalisées à l'un moments les plus défavorables pour apprendre les fondamentaux.

Mieux que quiconque, Erwan REDON et les professeurs des écoles qualifiés de “désobéisseurs” savent que, pendant le temps postprandial, le début de la matinée qui précède l'entrée en classe et le temps après la classe, les enfants en difficulté sont encore plus en difficulté qu'aux autres moments. La plupart sont alors plus fatigués et fatigables que les autres. On observe qu'ils sont de plus en plus stressés, de plus en plus “déconnectés” par rapport aux messages du maître, de moins en moins vigilants, réceptifs, disponibles et attentifs et de moins en moins motivés à mesure qu'ils avancent dans la journée. Dans les écoles des secteurs dits socialement sensibles, beaucoup sont épuisés et/ou enfermés dans leurs peurs, échecs, blocages et inhibitions, dans leur anxiété, leurs angoisses ... surtout lorsqu'ils se projettent dans le retour à la maison alors que leur milieu familial est lui-même en souffrance. Même s'il est variable, un nombre d'enfants-élèves non négligeable le sont déjà au début de l'après-midi ou même, pour les plus fragiles, vulnérables et démunis, dès la fin de la matinée comme le montre l'observation des enfants accueillis dans les écoles de ZEP. Seuls les enfants qui vivent au quotidien dans la sécurité affective, sans déficits de sommeil et sans comportements “perturbés” et/ou “perturbateurs”, peuvent être suffisamment vigilants, attentifs, réceptifs, disponibles et motivés tout au long de la journée scolaire pour capter et traiter les messages du maître, et ainsi se réaliser pleinement comme élèves. Et encore, pas tous les jours selon les fluctuations de leurs équilibres physiologiques, émotionnels, affectifs, sociaux et cognitifs. Tous ont envie de changer de « planète » à 16h.30. La très grande majorité des enseignants … également.

Le refus d'Erwan REDON et de ses collègues “désobéisseurs » d'enfermer pendant le temps méridien, avant la classe ou après la classe les élèves en difficulté dans des situations d'apprentissage formel qui vont aggraver leurs difficultés, est une prise de responsabilité humaniste et civique qui les honore. Elle montre la voie pour que les enfants en
difficulté ne soient pas encore plus épuisés, démotivés ... et finalement, au fil des jours, psychologiquement et intellectuellement détruits par la journée la plus longue du monde (six heures de temps contraint auxquelles il faut ajouter la durée des devoirs à la maison ... interdits par un dizaine de circulaires du Ministères de l'Education Nationale et, désormais, la demi-heure d'aide personnalisée).

Les dégâts résultant de l'aide personnalisée nécessairement “enfermée” dans l'apprentissage des “fondamentaux”, viennent s'ajouter aux dégâts générés par l'accroissement de la pression intellectuelle et relationnelle avec le poids augmenté au quotidien de la fréquence et de la durée des apprentissages dits fondamentaux, dans le cadre combiné d'une semaine ramenée arbitrairement à quatre jours (il faut faire en quatre jours ce qui était fait en quatre jours et demi) et de nouveaux programmes imbéciles. Il n'y a plus de temps de décompression et de respiration au cours de la journée alors qu'il est indispensable pour que tous les enfants, surtout ceux qui sont en difficulté, puissent récupérer au moins un peu de leurs fatigues psychologiques et intellectuelles, et restaurer peu ou prou leurs capacités d'attention, de
concentration intellectuelle et de traitement de l'information. Il n'y a plus assez de temps pour que les enfants puissent jouer, libérer leurs émotions, leurs sensibilités, capacités et intelligences cachées, ainsi que la richesse de leur imaginaire, pourtant évidentes lorsqu'il s'engagent dans les arts plastiques, le chant choral, la narration, la découverte de la nature, les particularités de la vie végétale et animale, l'histoire captivante de nos ancêtres et du monde, les modes de vie dans les différentes cultures humaines, le théâtre, « la main à la pâte » ... Les enfants apprennent aussi bien le français, ou mieux, au cours de ces temps de diversification et de découverte que dans les situations d'apprentissage formel et explicite de la langue. Bien évidemment, tous les enseignants le savent. Les professeurs des écoles ont donc raison de proposer l'un ou l'autre de ces champs de découverte, de plaisir et de motivation au cours de la demi-heure d'aide personnalisée, alors que leurs élèves sont «intellectuellement plus que saturés” .

C'est ce que propose Erwan REDON non seulement pendant la “pause méridienne”, mais également pendant les temps de classe “ordinaire” de 08h.30 à 11h.30 et de 13h.30 à 16h.30. Mais, de toute évidence, Monsieur ou Madame O. HOFFALT, la personne qui a rédigé “le compte-rendu de visite à la classe de Mr Erwan REDON le vendredi 15 décembre 2006 (1),
ne peut pas, ne sait pas ou ne veut pas entendre que les savoirs et connaissances de tout ordre qui façonnent le fonctionnement du cerveau et organisent l'intelligence peuvent être acquis, maîtrisés et consolidés au moyen de démarches, situations, méthodes et techniques différentes de celles qui nourrissent le dogme des apprentissages en situation d'apprentissage formel et explicite. Et souvent plus efficacement et beaucoup mieux, surtout chez les enfants dits en échec scolaire, en tout cas ceux qui ont des difficultés à comprendre et apprendre. Il y a “trente six” façons d'apprendre et un nombre infini de situations qui permettent aux élèves de comprendre et d'apprendre, notamment lorsque la parole et les différents modes d'expression sont libérés. C'est ce qu'on observe clairement et plus généralement dans les classes dites FREINET, plus généralement celles qui pratiquent les «pédagogies actives » dont se réclame Erwan REDON, en particulier celles des secteurs urbains dits socialement sensibles. Motivé et responsable, soucieux de la réussite scolaire et de la socialisation des enfants, Erwan REDON appelle logiquement à une “réflexion nationale” qui englobe les parents et les différents responsables du système éducatif. De toute évidence , Madame ou Monsieur O. HOFFALT ignore ce que peuvent apporter les « pédagogies actives » dans le façonnement des savoirs, connaissances et apprentissages des élèves de tout âge. Elle (ou il) “exécute” sans vergogne Erwan REDON sans avoir pris la peine de réfléchir à ce que peuvent recouvrir et signifier ses façons d'être, de faire et de penser. Est-on en train d'instruire un nouveau procès de Célestin FREINET ? L'Education Nationale a-t-elle décidé d'avoir dans son collimateur les maîtres qui pratiquent l'une ou l'autre des « pédagogies actives », ou s'en inspirent, et de les mettre au pas ? Il est choquant que, dans son rapport (1), Madame ou Monsieur O. HOFFALT tourne en dérision le travail de coloriage proposé par Erwan REDON en le renvoyant à la technique du clair-obscur de REMBRANDT. Peut-on reprocher à ce professeur des écoles de ne pas prendre le grand maître comme référence ? Faut-il que les seules finalités et missions de l'école soient les apprentissages des fondamentaux, encore les apprentissages des fondamentaux et toujours les apprentissages des fondamentaux pendant la
majeure partie du temps scolaire ? Décidément, le projet du Ministre et de sa hiérarchie apparaît comme une volonté délibérée de formater les enfants-élèves afin de dégager ou préserver une élite à laquelle ils appartiennent. Où est l'école de la République ?

EN CONCLUSION,
en imposant sans concertation la semaine de quatre jours, l'augmentation délirante du poids des “fondamentaux” et le soutien “imposé” aux enfants en difficulté avant la classe, après la classe ou pendant la « pause méridienne », le Ministre et la hiérarchie de l'Education Nationale déshumanisent l'école, créent les conditions d'une aggravation des inégalités et injustices sociales, en conduisant un nombre croissant d'enfants à s'enkyster dans “le désamour” pour l'école et son rejet, et ainsi plus ou moins progressivement dans la marginalité sociale et la violence. Ce “système” aberrant stigmatise les familles qui cumulent les difficultés personnelles, morales, familiales, sociales et culturelles.
C'est une honte pour notre pays ... en principe l'un des berceaux des Droits de l'Homme. Les étrangers que je rencontre ne comprennent pas ce “système” incohérent et délirant. On n'aurait pas agi autrement si on avait voulu pérenniser une école à plusieurs vitesses dans laquelle les plus fragiles, vulnérables et démunis ne peuvent même pas passer la première vitesse, et s'engager avec confiance dans le désir de comprendre et d'apprendre, faute de pouvoir enclencher les vitesses supérieures qui permettent d'accéder aux niveaux les plus élevés des savoirs et des connaissances. C'est ce que Erwan REDON a parfaitement compris.

Aucun pays au monde n'a institué une journée scolaire aussi pénalisante pour les enfants en difficulté dans le cadre d'une semaine qui n'en est pas une : deux jours scolaires (lundi et mardi), un jour non scolaire (mercredi : peut-on encore le justifier par la catéchèse, prévue le jeudi il y a trente ans ?), deux jours scolaires (jeudi et vendredi), et deux jours de week-end. Dans ce cadre, tout le monde sait que le lundi est un jour très perturbé et perturbant (beaucoup d'enfants sont somnolents, en tout cas non vigilants et/ou agités). Quelle illusion et/ou quel manque d'honnêteté de penser qu'une demi-heure supplémentaire d'aide personnalisée avant la classe, pendant la « pause méridienne » ou après la classe le lundi (et aussi les autres jours), puisse faciliter la maîtrise du français, du calcul et des mathématiques en situation d'apprentissage formel. Tous les enseignants savent que c'est une mission impossible. Les enseignants qui pratiquent une « pédagogie active » comme Erwan REDON ont parfaitement compris l'intérêt des plages de liberté dans leur mission d'éducateur et de pédagogue, en particulier le lundi, jour de rupture dans les rythmes des enfants, des parents et des
enseignants.

Le tribunal incontournable de Histoire retiendra que le Ministre de l'Education Nationale (Monsieur Xavier DARCOS), ses conseillers patachons et idéologues, et sa hiérarchie vassalisée ont institué un système de maltraitance, de stigmatisation, de culpabilité et d'exclusion implicite qui déshonore notre pays et notre nation. Il n'y a jamais eu autant d'Inspecteurs d'Académie révoqués qu'en 2008-2009 alors que leur “'faute” a été d'entendre et d'essayer de comprendre la décision et le désarroi des enseignants, notamment ceux que l'on dit « désobéisseurs ». Les informations qui “remontent du terrain” montrent toutes qu'il n'y a jamais eu autant d'enfants épuisés et déboussolés, et aussi d'enseignants exténués, stressés, démoralisés et culpabilisés par les échecs persistants des élèves les plus fragiles, vulnérables et démunis. C'est ce que les directeurs de l'éducation des villes (l'ANDEV) ont confirmé au cours de la journée qu'ils ont organisée à REIMS le 18 juin 2009. Les lettres que les professeurs des écoles déboussolés adressent à leurs édiles, souvent le ou la maire, sont pathétiques et souvent bouleversantes. La porte est béante pour une consommation accrue de somnifères, calmants, psychotropes ... par les enfants, par leurs parents inquiets ou désespérés et par leurs maîtres... qui perdent confiance dans leurs compétences. Faut-il préciser que les Français sont déjà les plus grands consommateurs de ces molécules !

Il faut donc remercier les enseignants “désobéisseurs” comme Erwan REDON qui refusent la fatalité de l'échec scolaire et réfléchissent à une école refondée sur une nouvelle organisation des relations, des temps et des espaces pendant le temps scolaire mais aussi en dehors des temps familiaux et scolaires. Il faudrait les récompenser et non pas les punir.

J'espère que le “tribunal-conseil de discipline” qui va juger Erwan REDON saura se ressaisir, reconnaître ses erreurs de jugement et retrouver un peu de dignité. De toute évidence, le Ministre et la hiérarchie de l'Education Nationale ont voulu faire un exemple pour mettre au pas les professeurs des écoles dont la seule faute a été et reste de réfléchir, et de ne pas être les complices de décisions et mesures politiques qui marginalisent un peu plus les enfants en difficulté ... et leur famille, tout en désespérant les maîtres.

Hubert MONTAGNER

(1) Sources :
http://www.soutienerwanredon.org/index.php?option=com_content&task=blogcategory&id=24&Itemid=86

Eléments de bibliographie en langue française
H. MONTAGNER 1988 l'attachement, les débuts de la tendresse, Paris, Editions Odile Jacob (édité en livre de poche, dernière édition 2006).
H. MONTAGNER 1995 L'enfant acteur de son développement, Paris, Stock.
H.MONTAGNER 2002 L'enfant, la vraie question de l'école, Paris, Editions Odile Jacob.
H. MONTAGNER 2002 L'enfant et l'animal, Paris, Editions Odile Jacob.
H. MONTAGNER 2006 L'arbre enfant. Une nouvelle approche du développement de l'enfant, Paris, Editions Odile Jacob. 

Date de création : 08/08/2009 @ 23:50
Dernière modification : 25/02/2013 @ 13:48
Catégorie : - Témoignages de soutien
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