RESEAU DES ENSEIGNANTS DU PRIMAIRE EN RESISTANCE

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COMMUNIQUE - Affaire du flash-ball à Nantes : Un jugement quatre fois paradoxal. (interventions des enseignants en résistance)

   COMMUNIQUE - Affaire du flash-ball à Nantes : Un jugement quatre fois paradoxal.

 

1 - Inversion de la victime et du coupable.

Contre toute attente, le texte du jugement rend « raisonnable » le « doute » (page 12) selon lequel la victime mutilée à l'oeil aurait jeté des projectiles sur les policiers, alors que de cette imputation infamante, il n'avait jamais été question en quatre ans d'instruction, et durant les deux jours d'audience. Si bien que la victime n'a jamais pu se défendre de cette accusation survenant après l'audience, ni produire des évidentes preuves matérielles de sa fragilité.


    2 - Paradoxe des contradictions internes du jugement : un policier menteur qui dit la vérité ?

Le même texte de jugement ne craint pas de qualifier de « vraisemblable la version des faits présentée de manière constante par Mathieu Léglise [le policier tireur] » (page 12) alors que ce même jugement a mis en pièce sans pitié sur quatre pages (8 à 11) le mensonge qui constituait sa principale argumentation, mensonge selon lequel il aurait bien tiré sur quelqu'un à la tête, mais sur quelqu'un d'autre. Quelle est la valeur de véracité d'un prévenu dont le tribunal a reconnu qu'il avait menti sciemment ? On a ici l'impression d'un « copier-coller » d'argumentations intellectuelles contradictoires au fil des 15 pages des attendus du jugement.

Faut-il rappeler que durant l'audience le juge avait reproché au tireur d'avoir caché à l'instruction qu'il avait eu précédemment d'autres problèmes avec des blessures causées par son arme, lors de tirs compulsifs sur des festivaliers des Rendez-vous de l'Erdre ?


    3 - Paradoxe de l'insulte faite par le juge au policier tireur, Mathieu Léglise, et donc à toute la police.


Dans ses attendus, le tribunal ne craint de reprendre l'argumentation incroyable et désespérée de l'avocat du tireur, selon lequel les policiers de base ne seraient vraiment pas très intelligents, voire stupides, et donc irresponsables pénalement. Ce qui donne dans le jugement « Monsieur [le policier tireur] n'a pas de formation approfondie en matière juridique. Il est brigadier de police, agent de police judiciaire et non officier de police judiciaire ». (page 12). Il n'a pas eu de formation « à peine une journée », etc. Ceci est en contradiction avec les lois républicaines et règlements sur le devoir de discernement des agents de la force publique. Mais s'il est si bête (ce que nous ne croyons pas), la conclusion logique n'aurait-elle pas été de lui retirer son port d'armes létales ?


    4 - Paradoxe des contradictions entre l'audience et le jugement : une expertise humiliée en mars, réhabilitée en début avril.

Durant l'audience, le juge n'a pas dissimulé son mépris pour l'indigence de l'expertise balistique, s'étonnant que celle-ci ait égaré ou subtilisé l'arme sous scellés (absente de l'audience contre tout usage), et qu'elle ait procédé à des sortes d'expérimentation hasardeuses sur la terrasse d'un logement privé. Est-ce bien le même juge qui cite maintenant l'expertise balistique en bonne part, quand il s'agit de disculper le tireur ? (notamment page 13).


Que s'est-il donc passé durant les quatre semaines de délibéré, pour qu'on ne reconnaisse plus l'axe argumentaire des deux journées d'audience ?


En conclusion,

Cette relaxe est une triste nouvelle pour les familles de Nantes, car l'impunité profite à une personnalité de récidiviste qui a reconnu avoir tiré à neuf reprises avec sa nouvelle arme en expérimentation sur une foule de fêtards en septembre 2007, avant de mutiler Pierre, qui fait courir un danger grave.

Mais ceci ne change en rien notre détermination, qui va continuer à travers la mise en cause de la responsabilité de l'État français à travers la Justice administrative, puis la Cour européenne des Droits de l'Homme. C'est toute la chaîne de commandement qui va rendre des comptes, et notamment les trop nombreuses anomalies liées à cette affaire (dissimulation ou altération de preuves, non citation à comparaître des responsables hiérarchiques).


Nous allons jusqu'au bout des possibilités du Droit, car nous n'agissons pas pour nous seulement, mais pour les autres jeunes et la société. La police mutile, la justice est complice. Quel est le message envoyé aux trois autres mutilés à l'œil à coup de flashball par la police, Joan, Joachim, et Geoffrey, qui étaient présents à l'audience en mars 2012 ? Que dire de l'encerclement militaire du tribunal lors de l'audience et du délibéré ? Que dire d'une justice rendue sous la menace de dizaines de policiers en armures ?

Nous remercions les nombreux citoyens de Nantes sensibles à cette affaire, les victimes solidaires dans toute la France, les organisations syndicales et démocratiques qui n'ont pas cédé au chantage des secteurs les plus idéologisés du commissariat de Nantes, qui veulent intimider la société civile, la presse locale et l'institution judiciaire.


Communiqué des parents du jeune Pierre, envoyé à la presse à 16h55, le 3 avril 2012.